Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi, Diable (ou pourquoi, Dieu, c’est selon, faut pas être sectaire, surtout quand on est né catholique, mais qu’on a plus ou moins mal tourné en dévouant maintenant sa foi à l’autel de l’athéisme : le sectarisme, qu’il soit chrétien, musulman ou juif, ça finit toujours, à trois poils de cul près, par un truc qui sent le cramé. Alors après, forcément, on peut différentier d’une part les croix de bois et les cadavres qui étaient noirs avant de brûler, d’autre part les drapeaux occidentaux et les cadavres qui portaient la kipa avant de brûler et enfin les rues de Gaza et les cadavres qui était libanais du sud avant de brûler, mais là, c’est plus être sectaire, c’est être pinailleur, alors bon, merci) ; quelqu’un peut-il, écrivais-je donc, m’expliquer pourquoi une partie gravement non négligeable de mes congénères s’entêtent inlassablement à entretenir leur médiocrité avec tant d’intensité ? Je ne plaisante pas (enfin si, ça m’arrive des fois, mais là, juste là, dans la phrase d’avant, je ne déconne pas complètement) : où que je puisse tourner la tête, je ne vois que de pâles copies d’Adeline S. se morfondre mollement sur leur pauvre sort.

Adeline S., mais c’est qui cette conne, me demandez-vous ? Pierre disait qu’elle faisait partie de cette majorité de gens que l’on assassine presque jamais. Elle était plus insignifiante que la caissière trop suante et pas assez fardée du Carrefour de la rue Saint Denis, plus commune qu’une fosse soudanaise, d’une banalité de nougat en plein Montélimar, disait-il, toujours à trois poils de cul près. Moi, je l’ai jamais vraiment rencontrée (et pour cause la demoiselle s’est retrouvée, un lundi matin, sur les coups de 9 heures, un couteau de boucher au niveau du nombril. Evidemment cette mort ayant un caractère un peu trop original, et risquant donc de nuire passablement à l’argumentaire que j’essaie, non sans mal, de mettre en place, on va essayer de ne pas trop en parler, alors bon, merci).

Bref, Adeline S., c’est le summum de la moyenne, le point haut de la gaussienne SOFRES /TF1/Paris Match. Plus au milieu, y’a que Bayrou les années d’élections. Là où je veux aller (et pas « la où je veux en venir », vu que, si je voulais en venir, ben je commencerais par y aller avant d’ouvrir ma gueule et de vous emmerder avec ça) c’est qu’Adeline S. est d’une platitude abjecte, le sait, l’entretient avec ardeur et s’en plaint à longueur de journée, maudissant le reste du monde, sous le fallacieux prétexte qu’elle n’y peut rien, si ca vie c’est de la merde.

Je me rends compte à la relecture (là, par exemple, je déconne, je me relis jamais : d’abord c’est prétentieux, et puis de toute façon il restera des fôtes, alors autant avoir une excuse, aussi véreuse soit-elle, donc alors bon, merci), à la relecture donc, je me rends compte que j’aurais peut être dû commencer par là (platitude abjecte, le savoir, l’entretenir et s’en plaindre, maudire reste du monde sous prétexte fallacieux), ca vous aurait évité de vous pourrir les yeux sur les quatre premiers paragraphes et demi.

Ceci dit, Adeline S. reste un exemple valable. La version courte et synthétique, c’est qu’Adeline a une vie à la con, dans un bled à la con, avec autour d’elle, des gens à la con. Elle se fait chier à crever (rien à voir avec le couteau de boucher, et d’abord j’avais dit qu’on en parlait plus, donc alors bon, merci), parce qu’à la trentaine bien tassée, elle travaille toujours à la troisième page du roman commencé le jour de ces 22 ans, pénétrée à l’époque d’une inspiration jouissive. Ajoutez à cela le fait que cette inspiration reste, à date, la dernière chose jouissive à l’avoir pénétrée, et vous conviendrez volontiers de l’abjecte platitude précédemment citée.

Et c’est donc à travers cette vie laxative et outrageusement insignifiante, qu’Adeline S. présente la seule caractéristique qui nous intéresse ici : elle est consciente de l’impossibilité de voir son quotidien s’élever, sur une échelle d’excitation, au delà d’une nième rediffusion trêve-des-confiseurienne de l’impératrice autrichienne que l’on ne connait plus que par son prénom oh-combien débile (qu’il soit d’ailleurs noté qu’il n’est pas nécessaire d’être complètement con pour appeler sa fille Sisi : une soirée particulièrement éthylo-imbibée peut parfois avoir des résultats inattendus…). Et c’est ce point précis qui fait d’Adeline S. un Homo Sapiens Mediocritus très particulier et néanmoins très répandu : Adeline S. est une Okuptoideus Deutonpropreucus.

Okuptoideus Deutonpropreucus, c’est quoi cette connerie, me demandez-vous ? D’abord, on va se calmer sur les obscénités quand on me pose des questions. J’ai horreur de la vulgarité, bordel de merde. Ensuite un Okuptoideus Deutonpropreucus, c’est ce voisin qui ne peut pas s’empêcher de noter combien de fois vous sortez tard chaque semaine. C’est cette vague connaissance qui se permet, sur la base de son oh-combien non éduquée de sa propre intuition, de faire de vous un dépressif, un homme-à-femme, un homosexuel, un drogué ou un républicain, juste parce que quelque part, ca ajoute un peu de piquant dans la malheureuse répétition quotidienne qu’il ou elle appelle sa vie. C’est cette fille rencontrée un soir, un peu moins glorieux que d’habitude, qui crie à qui veut l’entendre que vous raffolez de (c/s)es 60 kilos de trop. C’est cette hurluberlu qui, sous pretexte, que vous ne colliez pas à la « norme », vous catégorise bizarrement et sans retenu dans le groupe des outcasts, simplement parce que un mec qui « porte une veste avec un jean troué à forcément quelque chose à cacher » (traduction approximative).

Bref, l’Okuptoideus Deutonpropreucus, c’est cette personne qui vous les brise doucement, au jour le jour, juste parce qu’elle n’a rien d’autre à foutre que de se branler le cerveau à imaginer tout et n’importe quoi sur la simple base qu’elle le peut et que ça lui permet de voir sa vie monotone comme un tunnel un peu moins insupportable.

Alors, à ces Okuptoideus Deutonpropreucus, je dis, une fois n’est pas coutume, faites nous des vacances, en en prenant à Tokyo, Paris ou Mexico, histoire de pouvoir nous raconter des choses qui, mises bout à bout, feront de cette blague un peu fade que vous appelez vécu, un truc un peu moins vomitif et finalement un peu plus racontable.

 

5 commentaires

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  • 1
    Gravatars

    nicolas,    

    Holà, Arno. Tu me sembles bien énervé. Je ne sais pas qui en est responsable, mais c’est certainement un très vilain.

  • 2
    Gravatars

    Karima,    

    Moi,j’suis de l’avis de Nicolas… Mais a quoi cette montee de lait soudaine…Du compte,c’est alarmant ton discours a propos de ce que tu qualifies de con… Tu sembles te complaire dans le negativisme et le pessimisme!!!

  • 3
    Gravatars

    Arno,    

    Negativisme ? Pessimisme ? Peut être…

    Mais finalement un pessimiste qui à la sens de l’humour, c’est rien d’autre qu’un cynique.

    Et de nos jours il suffit de dire qu’on préfère que les acteurs vous parlent de leur métier plutôt que de la philosophie kantienne ou de dire qu’en moyenne nos congénères feraient mieux de la fermer rapport à leur propension à sortir des conneries, pour passer pour un cynique, alors donc, je vous le demande, c’est pas un peu la preuve que ce monde part en sucette peut-être ?

  • 4
    Gravatars

    Adeline S.,    

    Me nommant moi-même Adeline S., j’aurais aimé savoir de qui exactement ce texte parle..
    Ce serait gentil de bien vouloir me répondre.

    Ca choc un peu en lisant ça..

  • 5
    Gravatars

    Passant,    

    Je ne pense pas me tromper en disant qu’Adeline S. est juste un personnage définit par son caract-re banal. Le prénom (et initiale) n’a pas d’importance, il vient juste de quelqu’un dont l’auteur du texte aurait entendu parler et qui lui semblait proche de la personne qu’il voulait décrire !

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  • Gravatars

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